Peu de statistiques pèsent aussi lourd, dans le tennis, que le nombre de titres du Grand Chelem en simple. Les quatre levées majeures, l’Open d’Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l’US Open, sont les épreuves les plus exigeantes et les plus prestigieuses du circuit, et le joueur qui en remporte le plus détient l’un des records les plus difficiles à approcher. Une confusion fréquente mérite d’être levée d’emblée : le record masculin et le record féminin sont deux performances distinctes, comptabilisées séparément par l’ATP, la WTA et l’ITF. Il ne s’agit pas d’un classement unique fusionné, et il ne faut jamais les présenter comme tel. La suite de cet article traite chacun séparément.

Par coïncidence, les deux recordmen et recordwomen affichent actuellement le même total. Cette symétrie fait un joli titre, mais elle masque deux carrières, deux époques et deux contextes de compétition très différents.

Le record masculin : Novak Djokovic et ses 24 titres

Novak Djokovic détient le record masculin absolu avec 24 titres du Grand Chelem en simple. C’est le plus grand nombre de titres majeurs jamais remportés par un joueur, construit sur une période de 15 ans, de 2008 à 2023. Ce qui frappe dans ce total, c’est sa domination à Melbourne : un record de 10 titres à l’Open d’Australie, du jamais-vu pour un joueur sur un même tournoi majeur chez les hommes.

Voici la répartition complète de ses 24 titres :

Tournoi majeur Titres de Djokovic
Open d’Australie 10
Roland-Garros 3
Wimbledon 7
US Open 4
Total 24

Ce qui rend ce chiffre remarquable, ce n’est pas seulement son ampleur, mais son équilibre. Djokovic a gagné sur toutes les surfaces proposées par le Grand Chelem : le dur de Melbourne et de New York, le gazon de Wimbledon et la terre battue de Paris. Beaucoup de grands champions ont bâti leur légende sur une seule surface. Le record de Djokovic est le produit d’un jeu qui s’est exporté, année après année, aux quatre coins du calendrier.

10Titres record de Djokovic à l'Open d'Australie

Son ascension vers le sommet du classement masculin est passée directement par deux des plus grands joueurs que le sport ait produits. Pendant des années, le record masculin s’est joué à trois. Rafael Nadal, dont la domination à Roland-Garros constitue elle-même un record absolu, et Roger Federer, longtemps l’étendard du tennis grâce à sa maîtrise du gazon de Wimbledon, ont tous deux détenu ou partagé la tête à différents moments. Djokovic les a dépassés l’un comme l’autre. Le fait qu’il y soit parvenu en les affrontant directement pendant l’essentiel de sa période de domination ajoute encore au poids de ce chiffre.

Le record féminin : Margaret Court et ses 24 titres

Chez les femmes, le record absolu appartient à l’Australienne Margaret Court, qui a remporté 24 titres du Grand Chelem en simple entre 1960 et 1973. Dans les registres officiels, la ligne est sans ambiguïté : son total de 24 titres en simple trône seul au sommet du classement féminin.

Le record en simple de Court ne constitue qu’une partie de l’histoire. Son total de 64 titres du Grand Chelem toutes disciplines confondues reste le plus élevé de l’histoire du tennis féminin. Ce chiffre comprend 19 titres en double dames et 21 en double mixte, en plus de ses 24 titres en simple. Aucun joueur, homme ou femme, n’a réuni un palmarès aussi complet dans les tournois majeurs.

64Total des titres du Grand Chelem de Court, toutes disciplines confondues

La carrière de Court a aussi chevauché un changement structurel majeur du tennis. Une bonne partie de ses titres ont été remportés avant 1968, à une époque où le tennis était encore divisé entre amateurs et professionnels et où les tournois majeurs étaient, en principe, réservés aux amateurs. L’avènement de l’ère Open en 1968, qui a ouvert les tournois majeurs aux professionnels, a transformé le plateau des concurrentes. Court a continué à gagner des deux côtés de cette frontière, ce qui explique en partie pourquoi ses totaux sont difficiles à comparer directement à ceux des joueuses dont toute la carrière s’est déroulée dans l’ère Open.

Serena Williams et le record féminin de l’ère Open

Cette distinction compte lorsqu’on parle du tennis moderne. Serena Williams, avec 23 titres du Grand Chelem en simple, est la plus proche prétendante au record féminin absolu de Court et détient le record de l’ère Open en simple dames. Pendant une grande partie des années 2010, Williams n’était qu’à un souffle des 24 titres de Court, et cette course est devenue l’un des grands récits du tennis féminin de cette décennie.

C’est dans l’écart entre « record absolu » et « record de l’ère Open » que se niche l’essentiel du débat. Les défenseurs de Williams soulignent la profondeur et le professionnalisme des plateaux qu’elle a dû affronter, ainsi que le fait qu’une part importante des titres de Court date de l’ère amateur, le championnat d’Australie en particulier attirant souvent des plateaux internationaux plus faibles en raison des contraintes de déplacement. Les défenseurs de Court, eux, s’en tiennent simplement au chiffre : 24 reste 24, et elle a gagné des tournois majeurs des deux côtés de la frontière amateur-professionnel. Les deux arguments se tiennent, ce qui explique précisément pourquoi les instances dirigeantes gardent les records absolus et ceux de l’ère Open clairement distincts plutôt que de les fusionner.

Pourquoi les deux records ne doivent jamais être fusionnés

Comme les deux recordmen et recordwomen sont à 24, il est tentant de parler du « record du plus grand nombre de titres du Grand Chelem en simple » comme s’il s’agissait d’une seule et même ligne dans un livre. Ce n’est pas le cas. Les circuits ATP et WTA sont des compétitions distinctes, avec des tableaux, une histoire et des livres de records séparés. Un tournoi majeur masculin et un tournoi majeur féminin se disputent dans des épreuves totalement différentes. Les additionner produit un chiffre qui ne correspond à aucune compétition réelle ni à aucun record officiel.

La manière la plus juste de le formuler est la suivante : chez les hommes, le plus grand nombre de titres du Grand Chelem en simple jamais remportés est 24, par Djokovic. Chez les femmes, c’est également 24, par Court. Chaque record a son détenteur, son époque et sa propre galerie de prétendants qui s’en sont approchés sans l’atteindre.

Le peloton des poursuivants

Derrière les leaders, le contexte historique donne encore plus de relief à l’exploit. Chez les hommes, Nadal et Federer restent les deux joueurs qui ont poussé Djokovic le plus loin, chacun une légende à part entière et chacun recordman sur un tournoi majeur précis : Nadal à Roland-Garros, Federer à Wimbledon. Leur présence explique en partie pourquoi le record masculin de cette génération est si estimé ; il a été construit dans l’affrontement direct, pas dans le vide.

Chez les femmes, les 23 titres de Williams forment la principale poursuite, mais la liste plus large des championnes à titres multiples dans l’histoire du tennis est fournie, avec des joueuses qui ont elles-mêmes réalisé le Grand Chelem calendaire. Ce qui distingue Court, ce n’est pas une saison en particulier, mais l’accumulation : année après année, titre majeur après titre majeur, en simple, en double et en double mixte.

Record Détenteur(trice) Titres en simple
Record masculin absolu Novak Djokovic 24
Record féminin absolu Margaret Court 24
Record féminin de l’ère Open Serena Williams 23

Ce qu’il faut retenir

Le record du plus grand nombre de titres du Grand Chelem en simple se comprend mieux comme deux records distincts qui partagent le même chiffre par coïncidence. Les 24 titres de Djokovic, ancrés par un record de 10 Open d’Australie et répartis sur toutes les surfaces, constituent la référence masculine. Les 24 titres de Court, qui s’inscrivent dans un total inégalé de 64 titres majeurs, constituent la référence féminine, les 23 titres de Williams marquant le sommet de l’ère Open. En gardant les deux registres séparés, et en citant chacun selon sa propre référence, le tableau reste à la fois exact et réellement instructif. Les chiffres se récitent facilement. Ce sont les carrières qui se cachent derrière eux qui rendent ce record passionnant à étudier.