Cristiano Ronaldo a remporté le Ballon d’Or à cinq reprises, en 2008, 2013, 2014, 2016 et 2017. Présenté ainsi, le décompte semble simple. La réalité est un peu plus complexe, car le trophée lui-même a été remanié à deux reprises durant cette période. Il s’agissait à l’origine d’une récompense décernée par un jury de journalistes de France Football, avant de fusionner avec le titre de Joueur mondial de l’année de la FIFA entre 2010 et 2015, puis de redevenir indépendant en 2016. Ronaldo l’a emporté sous ces trois formats, ce qui explique pourquoi son palmarès mérite d’être détaillé plutôt que simplement compté.

Voici le récit établi, année par année, à partir des totaux de points et des pourcentages de voix publiés à l’époque par France Football et la FIFA. Un détail revient à chaque fois : Lionel Messi a terminé deuxième derrière Ronaldo lors de ces cinq éditions, une symétrie qui illustre à quel point les deux hommes ont dominé le classement pendant près d’une décennie.

Les cinq sacres en un coup d’œil

Année Format du trophée Club Deuxième Troisième Résultat du vainqueur
2008 Ballon d’Or (France Football) Manchester United Lionel Messi Fernando Torres 446 pts (Messi 281)
2013 FIFA Ballon d’Or Real Madrid Lionel Messi Franck Ribery 27,99 % (Messi 24,72 %)
2014 FIFA Ballon d’Or Real Madrid Lionel Messi Manuel Neuer 37,66 % (Messi 15,76 %)
2016 Ballon d’Or (France Football) Real Madrid Lionel Messi Antoine Griezmann 745 pts (Messi 316)
2017 Ballon d’Or (France Football) Real Madrid Lionel Messi Neymar 946 pts (Messi 670)

Notez le changement dans la dernière colonne. Deux des sacres sont exprimés en points et deux en pourcentages, et ce n’est pas un hasard de tenue de registres. Cela reflète les différentes méthodes de calcul utilisées selon les époques, ce qui compte énormément lorsqu’on emploie des formules comme « le plus grand écart de l’histoire ». Nous y reviendrons plus loin.

2008 : la révélation à Old Trafford

Le premier Ballon d’Or de Ronaldo était encore décerné dans le format original de France Football, voté par un panel de journalistes sportifs du monde entier. Il l’a obtenu au terme de la saison 2007-2008, durant laquelle il a été l’artisan principal du doublé Premier League-Ligue des champions de Manchester United, terminant meilleur buteur du club avec une large avance. Il a totalisé 446 points, loin devant Messi (281) et l’attaquant de Liverpool Fernando Torres (179). Les comptes-rendus du vote lui attribuaient 77 premières places sur les 96 journalistes ayant participé.

Il s’agissait de la dernière édition avant le changement de format, et c’est le seul de ses cinq trophées remporté en dehors du Real Madrid. Ce simple détail confère au sacre de 2008 une place à part dans sa carrière : il récompense l’ailier rapide et percutant qu’il était en Angleterre, et non le finisseur de surface qu’il est devenu en Espagne.

L’ère de la fusion : 2013 et 2014

De 2010 à 2015, le trophée s’appelait le FIFA Ballon d’Or, fruit de l’union entre la récompense de France Football et le titre de Joueur mondial de l’année de la FIFA. Le corps électoral s’est élargi pour inclure, aux côtés des journalistes, les capitaines et sélectionneurs des équipes nationales. Ronaldo devait donc convaincre un panel de votants plus large, et les résultats de cette période étaient publiés sous forme de pourcentages plutôt qu’en points bruts.

Son sacre de 2013 a mis fin à une série de quatre titres consécutifs pour Messi, au terme de l’un des votes les plus serrés et les plus contestés de l’ère moderne. La date limite avait été repoussée, ce qui avait d’ailleurs fait débat, et Ronaldo l’a emporté d’une courte tête avec 27,99 % des voix, devant Messi (24,72 %) et Franck Ribery (23,36 %). À peine quatre points et demi séparaient le premier du troisième. Ribery, auréolé d’un triplé avec le Bayern Munich, avait de solides arguments, et beaucoup le voyaient l’emporter. Ronaldo, de son côté, s’appuyait sur une année civile prolifique, marquée notamment par un triplé décisif face à la Suède lors des barrages qualificatifs pour la Coupe du monde.

Le vote de 2014 fut beaucoup moins disputé. Fort du sacre du Real Madrid en Ligue des champions et d’une nouvelle saison à plus de 50 buts toutes compétitions confondues, Ronaldo a recueilli 37,66 % des voix, plus du double des 15,76 % de Messi. Le gardien allemand champion du monde Manuel Neuer a terminé troisième avec 15,72 %, à un cheveu de Messi. Ce classement de Neuer mérite d’être souligné en soi : une place dans le top 3 pour un gardien de but est une rareté dans un trophée presque toujours dominé par les attaquants.

37,66 %Le pourcentage de voix de Ronaldo en 2014, son record sur la période FIFA

2016 et 2017 : deux sacres supplémentaires au sommet

En 2016, France Football et la FIFA ont repris chacun leur chemin. Le Ballon d’Or est redevenu un trophée décerné par un jury exclusivement composé de journalistes, sous la seule bannière de France Football, et le décompte est revenu à un système de points. Ronaldo a remporté les deux premières éditions de ce trophée restauré, à une époque où le Real Madrid dominait la Ligue des champions.

Le résultat de 2016 fut sans appel. Auréolé du titre en Ligue des champions avec Madrid et du Championnat d’Europe avec le Portugal, Ronaldo a totalisé 745 points contre 316 pour Messi, l’attaquant de l’Atletico Madrid Antoine Griezmann complétant le podium avec 198 points. France Football a présenté cet écart de 429 points entre le premier et le deuxième comme le plus important jamais enregistré dans les scrutins comptabilisés en points. Cette affirmation appelle toutefois une nuance : les années 2013 à 2015, comptabilisées en pourcentages, obéissaient à une méthode différente, si bien que cette comparaison ne vaut qu’au sein des éditions notées en points et ne peut être étendue à l’ensemble de l’histoire du trophée.

Un an plus tard, Ronaldo a conservé son trophée. Son total de 946 points en 2017 devançait largement les 670 de Messi et les 361 de Neymar. Ce cinquième sacre le plaçait alors à égalité avec Messi, cinq trophées chacun, et venait clore une séquence de quatre Ballons d’Or en cinq ans, la seule exception étant 2015, année où Messi avait repris la couronne.

La longévité, pas seulement les victoires

Le simple décompte des victoires avantage Messi, qui a depuis pris le large. Mais il existe un autre critère où Ronaldo devance tout le monde : il a été sélectionné dans la liste des nommés au Ballon d’Or plus souvent que n’importe quel autre joueur, un total généralement évalué à 18 nominations. Quel que soit le chiffre exact selon les éditions, le constat reste le même : aucun joueur n’est resté aussi longtemps dans la conversation. Être nommé n’équivaut pas à gagner, mais maintenir un tel niveau de reconnaissance à travers trois refontes du trophée constitue en soi une forme d’exploit.

La domination à deux sur cette période est frappante. De 2008 à 2017, Ronaldo et Messi se sont partagé l’intégralité des Ballons d’Or, cinq chacun, sans qu’aucun autre joueur ne parvienne à s’immiscer. Et même en élargissant la période, le constat évolue à peine.

Joueur Ballons d’Or Années de sacre
Lionel Messi 8 2009, 2010, 2011, 2012, 2015, 2019, 2021, 2023
Cristiano Ronaldo 5 2008, 2013, 2014, 2016, 2017

La place de ce palmarès dans l’histoire

L’histoire de Ronaldo au Ballon d’Or est avant tout un exemple d’adaptation. Il a d’abord gagné en tant que jeune attaquant bâti sur la vitesse et le dribble, avant de se réinventer en redoutable buteur de surface en Espagne, continuant à collectionner le même trophée. L’évolution de ses écarts de points raconte une histoire parallèle : la victoire au couteau de 2013 a laissé place aux marges écrasantes de 2016 et 2017, lorsque la domination européenne du Real Madrid rendait sa candidature difficile à contester.

Messi a depuis pris l’avantage au classement général, et les deux hommes ne sont plus à égalité comme ils l’étaient brièvement fin 2017. Il n’empêche : cinq Ballons d’Or remportés en neuf ans et sous trois formats différents du trophée restent l’un des records individuels les plus marquants produits par ce sport, et la rivalité si nette avec Messi, deuxième à chaque fois, a peu de chances d’être égalée.