Peu d’équipes, tous sports confondus, dégagent une aura comparable à celle des All Blacks. La sélection néo-zélandaise de rugby à XV est depuis plus d’un siècle l’étalon auquel le reste du monde de l’ovalie se mesure, tant par la régularité de ses résultats que par le rituel qui précède chacun de ses matchs. Cette page dresse le bilan essentiel : les titres, le taux de victoires, les records individuels et l’histoire du haka devenu indissociable du maillot noir.
Un bilan qu’aucune nation majeure n’a égalé
La Nouvelle-Zélande a disputé son premier test-match le 15 août 1903, en battant l’Australie 22-3 à Sydney. Depuis, sur toute la longue histoire du rugby international, les All Blacks affichent un taux de victoires qu’aucune autre grande nation n’a jamais égalé, largement supérieur à 75 %. Aucune autre puissance traditionnelle du rugby n’a jamais tenu, sur l’ensemble de son histoire, un ratio approchant de si près ce niveau.
La réputation s’est forgée dès le début. La tournée de 1905-1906, dont les joueurs seront plus tard surnommés les « Originals », balaie la Grande-Bretagne, l’Irlande et la France et ne connaît qu’une seule défaite, 3-0 face au pays de Galles, un match resté dans les mémoires pour un essai refusé à Bob Deans. C’est au cours de cette tournée que le nom « All Blacks » s’impose dans la presse britannique, en référence à la tenue tout de noir vêtue qui définit l’équipe depuis lors.
Les titres se sont ensuite multipliés. La Nouvelle-Zélande a dominé le championnat de l’hémisphère Sud, d’abord sous la forme du Tri Nations à partir de 1996, puis du Rugby Championship élargi, remportant le titre plus souvent qu’aucun de ses rivaux. La Bledisloe Cup, disputée face à l’Australie depuis 1931, est restée de longues périodes consécutives entre les mains des Néo-Zélandais. Les tournées « grand chelem », lors desquelles l’équipe bat les quatre nations britanniques et irlandaises en une seule visite, reviennent régulièrement dans le livre des records, loin d’être une exception.
Le bilan en Coupe du monde
L’histoire de la Nouvelle-Zélande en Coupe du monde de rugby illustre des extrêmes : premiers champions du monde, puis une longue traversée du désert, avant une période de domination quasi totale. Les All Blacks remportent le tournoi inaugural en 1987, en battant la France 29-9 à Eden Park, à Auckland. Suivent alors vingt-quatre années sans le trophée, une attente qui se transforme en véritable angoisse nationale, malgré une équipe par ailleurs redoutable entre les éditions du tournoi.
L’attente prend fin en 2011, de nouveau à Eden Park, avec une victoire à l’arraché 8-7 face à la France. Quatre ans plus tard, l’équipe devient la première à conserver son titre, en dominant l’Australie 34-17 à Twickenham, en 2015. Leur dernière finale en date, en 2023 au Stade de France, se solde par une défaite 12-11 face à l’Afrique du Sud, disputée à quatorze pendant l’essentiel de la rencontre. La Nouvelle-Zélande reste ainsi à trois titres mondiaux, un de moins que les Springboks.
| Année | Pays hôte | Résultat | Finale / match clé |
|---|---|---|---|
| 1987 | Nouvelle-Zélande & Australie | Champion | bat la France 29-9 |
| 1995 | Afrique du Sud | Finaliste | défaite face à l’Afrique du Sud (finale, après prolongation) |
| 2011 | Nouvelle-Zélande | Champion | bat la France 8-7 |
| 2015 | Angleterre | Champion | bat l’Australie 34-17 |
| 2023 | France | Finaliste | défaite face à l’Afrique du Sud 12-11 |
Le classement mondial raconte une histoire similaire. Depuis l’introduction du classement officiel de World Rugby en 2003, la Nouvelle-Zélande a occupé la première place plus longtemps que n’importe quel autre pays, signe de constance plus que de simples pics de forme.
3titres de champion du monde (1987, 2011, 2015)
Les recordmen
Le palmarès individuel est dominé par des noms connus bien au-delà de la Nouvelle-Zélande. Richie McCaw, troisième ligne aile qui a porté le brassard de capitaine lors des sacres de 2011 et 2015, est le joueur le plus capé des All Blacks avec 148 sélections, un record qui a longtemps constitué la référence mondiale chez les nations majeures. Dan Carter, ouvreur emblématique de la génération 2015, a pris sa retraite en tant que meilleur réalisateur de l’histoire du test-match avec 1 598 points, dont la grande majorité inscrits sous le maillot néo-zélandais.
Le record d’essais revient à l’ailier Doug Howlett, auteur de 49 essais sous le maillot noir. En remontant plus loin, on retrouve Sir Colin Meads, l’imposant deuxième ligne élu joueur néo-zélandais du vingtième siècle, et Sean Fitzpatrick, le talonneur dont la longévité et le leadership ont fait le lien entre l’ère amateur et l’ère professionnelle.
Ka Mate : les origines du haka
Le haka d’avant-match est le rituel le plus reconnaissable du sport mondial, et sa forme la plus célèbre a un auteur précis. « Ka Mate » a été composé vers 1820 par Te Rauparaha, chef de l’iwi Ngāti Toa, et ses paroles sont traditionnellement comprises comme une célébration de la vie face à la mort, après qu’il eut échappé à des ennemis lancés à sa poursuite. Les premiers vers, « Ka mate, ka mate ! Ka ora, ka ora ! », se traduisent approximativement par « C’est la mort, c’est la mort ! C’est la vie, c’est la vie ! »
L’association du haka avec le rugby néo-zélandais est antérieure à la sélection nationale moderne. Une équipe composée de joueurs maoris, la « New Zealand Native team », exécute un haka lors de sa tournée pionnière de 1888-1889 en Grande-Bretagne, et les Originals de 1905 en font autant avant leurs matchs. Ka Mate s’impose comme le défi d’avant-match de référence tout au long du vingtième siècle, même si son exécution reste inégale pendant de nombreuses années, avant de gagner en précision et en visibilité à partir des années 1980.
Kapa o Pango et le défi moderne
En 2005, l’équipe adopte un second haka, écrit spécialement pour elle. « Kapa o Pango », composé par Derek Lardelli, est exécuté pour la première fois le 27 août 2005 face à l’Afrique du Sud, à Dunedin. Conçu spécifiquement pour les All Blacks, il évoque la fougère argentée et la terre, et reste généralement réservé aux occasions que les joueurs jugent le mériter, Ka Mate demeurant le choix par défaut.
Son geste final, évoquant l’égorgement, avait suscité la polémique à sa création avant d’être modifié, mais cet ajout répondait à un objectif clair : offrir aux joueurs un défi écrit pour leur propre époque plutôt qu’hérité tel quel. Les deux haka sont aujourd’hui exécutés avec un formalisme et un soin culturel qui traduisent une évolution plus large dans la manière dont le rugby néo-zélandais met en valeur son héritage maori.
Comment les adversaires ont répondu
La réponse au haka fait elle-même partie de la légende. Certaines équipes se sont donné le bras, ont avancé face au défi ou se sont dispersées sur le terrain, et le protocole de World Rugby impose désormais une distance à respecter par les adversaires. Certains des moments les plus mémorables de l’histoire des All Blacks se sont joués avant le coup d’envoi plutôt qu’après, notamment les face-à-face avec la France et l’Irlande en Coupe du monde, lorsque les équipes adverses ont avancé pour répondre au défi front contre front.
Ce qu’il faut retenir
Les All Blacks demeurent une référence pour deux raisons qui se renforcent mutuellement. Les résultats sont d’une constance extraordinaire : trois titres mondiaux, un taux de victoires qu’aucun rival n’a égalé, et une mainmise quasi permanente sur la tête du classement mondial depuis sa création. Et le haka donne un visage à ce bilan, un rituel ancré dans une histoire précise qui transforme chaque test-match en événement avant même le coup d’envoi. Les statistiques expliquent pourquoi l’équipe est respectée ; la tradition explique pourquoi elle est regardée.