Seul le Real Madrid a soulevé la Coupe des clubs champions européens plus souvent que l’AC Milan. En près d’un demi-siècle, les Rossoneri ont bâti un palmarès continental fondé sur sept sacres, quatre défaites douloureuses et une série de finales qui traverse quatre époques bien distinctes du football. Voici le bilan complet du Milan dans la plus grande compétition européenne de clubs : les victoires, les défaites, les hommes qui ont soulevé le trophée, et les chiffres qui placent le club parmi les plus titrés de l’histoire.
Avec sept titres en Coupe d’Europe et en Ligue des champions, le Milan détient le record parmi les clubs italiens et se classe juste derrière le Real Madrid au palmarès historique de la compétition. Tout aussi révélateur : le club a disputé onze finales au total, un total que très peu de clubs ont dépassé. L’histoire se divise nettement en trois grandes périodes, séparées par de longues traversées du désert, chacune portée par une génération et un entraîneur différents.
Point cléL’AC Milan a remporté la Coupe d’Europe / Ligue des champions à sept reprises, un total supérieur à celui de tous les clubs sauf le Real Madrid.
Les premiers champions d’Europe italiens
Le Milan atteint la finale de la Coupe d’Europe dès 1958, trois ans seulement après la création de l’épreuve, et s’incline 3-2 après prolongation face au Real Madrid à Bruxelles. Ce quasi-exploit annonçait des jours meilleurs. Sous la houlette de l’entraîneur Nereo Rocco, le club retrouve la finale en 1963 et bat Benfica 2-1 à Wembley, l’attaquant brésilien Jose Altafini inscrivant les deux buts. Cette victoire fait du Milan le premier club italien à remporter la compétition, et Cesare Maldini devient le premier capitaine italien à soulever le trophée.
Rocco offre un second titre en 1969. En finale à Madrid, le Milan corrige un jeune Ajax 4-1, Pierino Prati signant un triplé. Ces deux sacres installent le Milan parmi les poids lourds du football européen, mais une longue traversée du désert suit. Le club ne remportera plus le trophée pendant deux décennies, une disette qui coïncide avec des difficultés financières et, au début des années 1980, une relégation de Serie A.
7titres en Coupe d’Europe / Ligue des champions
Sacchi, le trio néerlandais et le doublé consécutif
Le renouveau est financé par Silvio Berlusconi et façonné sur le terrain par Arrigo Sacchi, dont le pressing et le jeu à ligne haute redéfinissent les standards tactiques de l’époque. Avec le trio néerlandais Ruud Gullit, Marco van Basten et Frank Rijkaard, épaulé par les défenseurs italiens Franco Baresi et Paolo Maldini, le Milan remporte la finale 1989 4-0 face au Steaua Bucharest à Barcelone. Gullit et Van Basten inscrivent chacun un doublé lors de l’une des performances les plus abouties jamais vues en finale de la compétition.
Un an plus tard, le Milan conserve son trophée, devenant le dernier club à réussir ce doublé consécutif pendant de nombreuses années. La finale 1990 à Vienne est plus disputée : un but unique de Rijkaard suffit pour venir à bout de Benfica 1-0. Ces deux titres consécutifs sous Sacchi consacrent la réputation d’une équipe régulièrement citée parmi les plus belles formations de club jamais réunies.
La machine Capello et le chef-d’œuvre de 1994
Fabio Capello succède à Sacchi et bâtit un Milan implacable, redoutable défensivement, qui domine la Serie A. En Europe, le bilan est plus contrasté. Le Milan perd la finale 1993 1-0 face à Marseille à Munich, sur un coup de tête de Basile Boli, puis s’incline à nouveau en 1995, battu 1-0 par l’Ajax à Vienne après un but tardif de Patrick Kluivert.
Entre ces deux défaites survient sans doute la plus grande soirée européenne de l’histoire du club. En finale 1994 à Athènes, le Milan affronte un Barcelone entraîné par Johan Cruyff, privé de Baresi et Alessandro Costacurta, suspendus, au cœur de la défense. La suite est une démonstration : le Milan s’impose 4-0, Daniele Massaro inscrivant un doublé, Dejan Savicevic ajoutant un troisième but resté dans les mémoires, et Marcel Desailly clôturant le score. Il s’agit toujours du plus large écart de buts dans une finale de Ligue des champions à l’ère moderne.
Le Milan a disputé trois finales consécutives entre 1993 et 1995, en remportant une et en perdant deux, une série que très peu de clubs ont égalée dans l’histoire de la compétition.
Les années Ancelotti : Manchester, Istanbul et la rédemption
Après une nouvelle traversée du désert, Carlo Ancelotti, ancien milieu de terrain sous Sacchi, ramène le Milan au sommet en tant qu’entraîneur. La finale 2003 à Old Trafford est la première finale entièrement italienne de l’histoire de la compétition, disputée face à la Juventus. Après 120 minutes sans but, le Milan s’impose 3-2 aux tirs au but, Andriy Shevchenko transformant le tir décisif.
Deux ans plus tard survient Istanbul, la finale la plus spectaculaire de l’histoire de la compétition. Le Milan mène 3-0 face à Liverpool à la mi-temps, Paolo Maldini ayant marqué dès la première minute et Hernan Crespo ayant inscrit un doublé. Liverpool revient à 3-3 lors d’un invraisemblable sursaut de six minutes et remporte la séance de tirs au but 3-2. C’est la quatrième défaite du Milan en finale et, au vu des circonstances, la plus douloureuse.
La rédemption arrive en 2007. Le Milan et Liverpool se retrouvent en finale à Athènes, et cette fois deux buts de Filippo Inzaghi offrent une victoire 2-1. C’est le septième titre du Milan, et à ce jour le dernier de son palmarès en Coupe d’Europe. Paolo Maldini, qui avait disputé sa première finale en 1989 et toutes celles qui ont suivi, termine sa carrière avec cinq titres européens.
Le bilan complet des finales
Année
Adversaire
Résultat
Lieu
1958
Real Madrid
Défaite 2-3 (a.p.)
Bruxelles
1963
Benfica
Victoire 2-1
Londres (Wembley)
1969
Ajax
Victoire 4-1
Madrid
1989
Steaua Bucharest
Victoire 4-0
Barcelone
1990
Benfica
Victoire 1-0
Vienne
1993
Marseille
Défaite 0-1
Munich
1994
Barcelona
Victoire 4-0
Athènes
1995
Ajax
Défaite 0-1
Vienne
2003
Juventus
Victoire 0-0, 3-2 t.a.b.
Manchester (Old Trafford)
2005
Liverpool
Défaite 3-3, 2-3 t.a.b.
Istanbul
2007
Liverpool
Victoire 2-1
Athènes
Mis bout à bout, ce bilan montre un club qui a atteint les sommets à trois reprises, sur trois générations distinctes, plutôt que lors d’un seul âge d’or, une rareté dans le football européen. Rocco a posé les bases, Sacchi a produit le football le plus admiré, Capello a ajouté une efficacité implacable et Ancelotti a bouclé la boucle. Les quatre entraîneurs ont chacun soulevé le trophée, et le Milan l’a remporté avec des équipes articulées, selon les époques, autour d’Altafini et Prati, du trio néerlandais, de Baresi et Maldini, et enfin de Kaka, Shevchenko et Inzaghi.
MH Marcus Hale, statisticien : “Le chiffre le plus frappant n’est pas les sept titres, mais les onze finales sur cinq décennies. Rester pertinent à ce niveau, à travers différentes règles, différents formats et différentes générations de joueurs, est un record plus difficile à construire qu’une simple période de domination.”
Où se situe ce palmarès
Les sept titres du Milan placent solidement le club parmi l’aristocratie du football européen, juste derrière le Real Madrid au classement historique. Les défaites comptent aussi : celles de 1958, 1993, 1995 et 2005 font partie d’un bilan qui, avec onze finales, reflète à la fois une constance exceptionnelle et quelques-uns des plus célèbres déchirements de la compétition. Pour un club qui a traversé de longues périodes loin du cercle des vainqueurs, le bilan final est remarquable, un palmarès qui classe le Milan, par le nombre de titres comme par celui des finales disputées, parmi les deux ou trois plus grands clubs qu’ait connus la compétition.