Peu de franchises affichent un tel héritage, aussi long que nomade, que les Golden State Warriors. Le club a été sacré champion dans trois villes différentes et sous trois noms différents, un fil qui relie les tout débuts du basket professionnel à son âge moderne, façonné par la donnée statistique. Voici un panorama de référence sur ce palmarès et les records qui l’entourent, vérifié à l’aune des archives officielles de la ligue.

Les Warriors comptent sept titres de champion NBA : deux à l’époque où la franchise débutait à Philadelphie, un après son installation dans la Bay Area, et quatre à l’ère Stephen Curry. Ce total les place parmi les équipes les plus titrées du sport, et l’étalement de ces sacres sur plusieurs décennies est en soi peu commun.

Les débuts à Philadelphie : 1947 et 1956

Les Warriors comptaient parmi les membres fondateurs de la Basketball Association of America, la ligue qui fusionnera avec la NBA en 1949. Entraînés et dirigés par le pionnier Eddie Gottlieb, les Philadelphia Warriors remportent le tout premier titre de la BAA au printemps 1947, en battant les Chicago Stags en finale. Joe Fulks, l’ailier adepte du tir en suspension et l’un des grands marqueurs de l’époque, en fut l’artisan principal. Ce sacre inaugural offre à la franchise un privilège que peu peuvent revendiquer : un titre dès la toute première saison de la ligue.

Neuf ans plus tard, les Warriors sont de nouveau sacrés. L’équipe de la saison 1955-1956, bâtie autour de Paul Arizin et du meneur débutant Tom Gola et entraînée par George Senesky, s’impose en finale NBA face aux Fort Wayne Pistons. Ce sera le dernier titre remporté par le club alors basé à Philadelphie. En 1962, la franchise déménage sur la côte Ouest sous le nom de San Francisco Warriors, avant d’adopter en 1971 l’identité régionale « Golden State » qu’elle porte encore aujourd’hui.

La surprise de 1975 et l’ère Al Attles

Le troisième titre de la franchise, le premier sur la côte Ouest, demeure l’une des grandes surprises de l’histoire des finales. Les Warriors de la saison 1974-1975, emmenés par le brillant et cérébral Rick Barry et entraînés par Al Attles, partaient largement outsiders face à des Washington Bullets qui avaient dominé la saison régulière. Golden State balaie la série 4-0. Barry, revenu au club après un passage dans la ligue rivale, l’ABA, est désigné meilleur joueur des finales.

Ce titre est resté isolé pendant longtemps. Les décennies suivantes apportent quelques éclairs de qualité, dont l’équipe séduisante des playoffs 2007 surnommée « We Believe », mais aucun retour en finale avant qu’un jeune noyau n’atteigne sa pleine maturité dans les années 2010.

7Titres de champion NBA remportés par la franchise

La dynastie Curry : 2015, 2017, 2018 et 2022

Les Warriors modernes se sont reconstruits autour d’un arrière-garde formée maison, Stephen Curry et Klay Thompson, de l’ailier Draymond Green et, à partir de 2014, de l’entraîneur Steve Kerr. Leur basket fondé sur l’écartement du jeu, la circulation de balle et le volume de tirs à trois points a redéfini la manière de jouer.

Le déclic survient en 2015, lorsque Golden State bat LeBron James et les Cleveland Cavaliers 4-2 en finale. Andre Iguodala, propulsé titulaire en cours de série, est élu meilleur joueur des finales. La saison suivante produit l’une des campagnes de saison régulière les plus remarquables de l’histoire de la ligue, avant un dénouement douloureux, évoqué plus loin.

L’arrivée de Kevin Durant en 2016 relève encore le plafond. Golden State retrouve la finale et bat Cleveland 4-1 en 2017 puis 4-0 en 2018, Durant étant sacré meilleur joueur des finales à chaque fois. Après le départ de Durant et une série de saisons plombées par les blessures, le noyau originel se reforme pour un dernier acte : le titre de 2022, obtenu 4-2 en finale face aux Boston Celtics. Curry, longtemps pointé du doigt pour n’avoir jamais remporté ce trophée individuel, est enfin élu meilleur joueur des finales.

Année Nom de la franchise Résultat en finale Entraîneur MVP des finales
1947 Philadelphia Warriors Bat Chicago Stags 4-1 Eddie Gottlieb Trophée inexistant à l’époque
1956 Philadelphia Warriors Bat Fort Wayne Pistons 4-1 George Senesky Trophée inexistant à l’époque
1975 Golden State Warriors Bat Washington Bullets 4-0 Al Attles Rick Barry
2015 Golden State Warriors Bat Cleveland Cavaliers 4-2 Steve Kerr Andre Iguodala
2017 Golden State Warriors Bat Cleveland Cavaliers 4-1 Steve Kerr Kevin Durant
2018 Golden State Warriors Bat Cleveland Cavaliers 4-0 Steve Kerr Kevin Durant
2022 Golden State Warriors Bat Boston Celtics 4-2 Steve Kerr Stephen Curry

La saison à 73 victoires et les records

Les Warriors de la saison 2015-2016 terminent l’exercice régulier sur un bilan de 73 victoires pour 9 défaites (73-9), le meilleur de l’histoire de la ligue, devançant la marque de 72 victoires et 10 défaites (72-10) établie par les Chicago Bulls en 1995-1996. Par un rebondissement que l’exercice de référence oblige à rappeler honnêtement, cette équipe n’a pas remporté le titre : elle a perdu la finale face à Cleveland en sept matchs après avoir mené 3-1 dans la série. La saison à 73 victoires demeure donc à la fois un jalon historique et une mise en garde sur l’écart entre la saison régulière et le mois de juin.

Les records individuels de cette période sont tout aussi frappants, et la plupart appartiennent à Curry. Il est élu meilleur joueur de la saison régulière en 2015, puis de nouveau en 2016, année où il devient le premier joueur désigné à l’unanimité. Lors de cette campagne 2015-2016, il inscrit 402 paniers à trois points, pulvérisant son propre record en une saison. En décembre 2021, il dépasse Ray Allen et devient le meilleur marqueur à trois points de l’histoire de la ligue, une marque qu’il n’a cessé d’agrandir depuis.

Thompson détient lui aussi sa part d’histoire : le 23 janvier 2015, il inscrit 37 points en un seul quart-temps face aux Sacramento Kings, un record de la ligue pour un quart-temps. Ensemble, Curry et Thompson ont formé l’arrière-garde la plus prolifique en tirs que le basket ait connue, et le volume de leur production à longue distance explique en grande partie pourquoi la nature même du tir a changé dans ce sport.

La place de la franchise dans l’histoire

Sept titres, c’est un total que seule une poignée de clubs a fait mieux. Ce qui distingue les Warriors, c’est l’étendue de ce succès à travers des époques qui ne se ressemblent guère : un titre à l’ère du tir à deux mains de 1947, un autre dans les années 1950, un sweep surprise au milieu des années 1970, puis quatre titres entre les années 2010 et le début des années 2020, qui ont marqué toute une décennie. Le fil conducteur n’est pas un style unique, mais une franchise capable de se réinventer autour d’un talent d’exception, de Fulks à Barry en passant par Curry.

Pour les archives, l’essentiel tient en quelques lignes : sept titres de champion, la meilleure saison régulière jamais réalisée, les records de tirs à trois points en carrière et sur une saison, et un noyau moderne qui a transformé une franchise longtemps endormie en dynastie. L’histoire des Warriors rappelle que le palmarès d’un club ne se mesure pas qu’aux trophées. Il se mesure aussi aux saisons qui ont changé la façon de jouer, qu’elles se soient terminées par un titre ou non.